Après l'euro, l'espéranto
La langue universelle existe, Robert KUENY l’a rencontrée. Il propose de faire partager sa passion
Aujourd’hui domicilié à Geishouse, où il passe sa retraite, Robert KUENY était salarié dans une entreprise suisse, où se cotoient des employés de différentes nationalités. A midi, au restaurant de l’entreprise, il était à table avec un collègue français. A sa droite, des Hongrois discutaient dans leur langue, à sa gauche, deux Tchèques.
«Bien entendu, notre langue de travail était l’allemand, mais à midi, les gens retrouvaient leur propre langage. Pour moi, c’était frustrant de ne pas comprendre ce qui se disait autour de moi. J’ai toujours voulu apprendre des langues étrangères, l’italien, l’espagnol, le russe, l’arabe.» Seul problème: trouver le temps nécessaire. Cela prendrait des années avant de pouvoir vraiment communiquer avec les autres. Puis, un jour, c’est le déclic: «J’ai lu dans le journal «L’ALSACE» qu’on donnait des cours d’espéranto à l’Université Populaire.» A 42 ans, Robert KUENY se lance. «J’étais un élève sérieux: une leçon par semaine, un devoir écrit. Au bout de 25 leçons, six mois de perfectionnement par la lecture. Pour arriver, au bout d’un an, à la maîtrise totale de l’écrit et du parlé.»
PAS DE FAUTES D’ORTHOGAPHE
Surprenant ? «Non, pas du tout. L’espéranto est une langue vraiment simple et facile, logique dans sa construction.» Selon Robert KUENY, ce serait aussi la langue préférée des écoliers. Pourquoi ? «Parce qu’on écrit comme on prononce, impossible de faire des fautes d’orthographe. Il n’y a qu’un seul article. Tout est simplifié.» Malgré cette simplification, l’espéranto exprime toutes les finesses d’une langue vivante: «Elle se pratique comme n’importe quelle autre langue européenne. Il existe des romans écrits en espéranto, des journaux, des pièces de théâtre, des chants.» Robert KUENY est un ardent défenseur de cette langue internationale créée en 1887 par le Polonais Zamenhof à partir de racines appartenant essentiellement aux langues romanes. Depuis 300 ans, quelque 400 tentatives de langues internationales ont été faites. sans grand succès. «Mais l’espéranto est parlé dans le monde entier», s’exclame Robert qui donne actuellement des cours par correspondance à une trentaine d’élèves africains.
DÉCOUVRIR LA CULTURE DES AUTRES
Avant de venir s’installer à Geishouse, Robert KUENY enseignait l’espéranto à l’«Espace 110» à Illzach. Membre de différentes associations nationales et internationales, il assiste régulièrement à des rencontres et des congrès mondiaux: «C’est fantastique: imaginez 4000 personnes de 70 pays différents communiquant sans interprètes, en espéranto ! Ce sont des moments de rencontres inoubliables ! « De part son travail, Robert KUENY parle anglais. Pour lui, c’est insuffisant: «On se débrouille partout avec l’anglais pour demander la clé de la chambre d’hôtel, mais avec l’espéranto, on est à table avec l’habitant; on découvre sa culture». Aux yeux de Robert KUENY, c’est un des aspects les plus intéressants et passionnants de l’espéranto qu’il a envie de proposer notamment aux jeunes de sa vallée. «Par la suite, les jeunes peuvent voyager dans le monde entier, étant hébergés par d’autres espérantistes. Ce qui leur permet de découvrir véritablement la culture de leurs hôtes. Ils ont à leur disposition un livret contenant des adresses utiles: le «pasporta-servo». Depuis une quinzaine d’années, Robert KUENY est espérantophone convaincu. Avec toutefois un grand regret: celui de ne pas avoir connu cette langue à l’âge de vingt ans: «Ma vie aurait été différente dans les rencontres humaines»...
Article paru dans le journal «L’ALSACE» en janvier 1999.
