Langues sans frontière

écrit par Georges KERSAUDY le Ven, 28/02/2003; publiet en la revue n° 41 [Mai - Juin 2003]

Georges KERSAUDY écrit et traduit une cinquantaine de langues d’Europe et d’Asie. Il connaît parfaitement son sujet. Il craint que le français ne disparaisse. Il est vrai que les langues, comme tout ce qui est vivant sur terre, sont mortelles. Et que le français peut mourir un jour... Mais il faut se garder d’un pessimisme excessif. Le flamand a parfaitement résisté au français qui fut tout puissant pendant quatre siècles ; au Canada, le français a parfaitement résisté à l’anglais qui est tout puissant en Amérique du Nord depuis un peu plus de deux siècles et qui, dans une partie des États-Unis, est menacé par l’espagnol.

Mais il est vrai que les Français maltraitent leur langue avec une telle désinvolture - écrivains et journalistes en tête - que cette langue, nourrie par une littérature abondante, pourrait tout de même se réduire à un moyen d’expression réservé à une petite élite intellectuelle. Le grec, pourtant si riche d’une civilisation incomparable, s’est bien effacé devant les langues dites vivantes, alors qu’au XVIIe siècle, les Européens capable de lire Homère, Platon ou Thucidide dans le texte étaient encore nombreux.

Mais enfin, Georges KERSAUDY énonce un certain nombre de vérités :
«Jusqu’au premier tiers du XXe siècle», dit-il, «le français était la langue diplomatique internationale et l’on a cru que cela allait perdurer... Aujourd’hui, plus de neuf fois sur dix on utilise l’anglais sans interprétation; cette perte de terrain représente un danger : la disparition du français à brève échéance. La manière dont on le parle à la radio ou à la télévision est déjà épouvantable. On vous explique par exemple qu’un avion s’est crashé au lieu de dire s’est écrasé. «Au jour d’aujourd’hui» est un horrible pléonasme que les gens les plus distingués utilisent avec une inconscience désarmante. A croire que leurs parents leur ont appris à baragouiner dès qu’ils ont commencé à parler, et à l’école,  aucun maître  un peu sérieux ne les a repris.»

- Mais où sont les maîtres d’antan ?...

- Comment meurt une langue ?

«C’est très facile», explique Georges KERSAUDY, «il suffit qu’elle se laisse envahir par une autre; autrefois, on parlait le gaulois. Il a cédé devant le latin. On a continué à parler un gaulois imprégné de mauvais latin. Puis ce dialecte s’est mélangé avec la langue franque et cela a donné le français.

Une très riche littérature a illustré le français. Tandis

que le gaulois n’a laissé aucun chef-d’oeuvre. Le gaulois n’était pas armé pour résister au latin, ni au grec, que l’on parlait en Provence. D’ailleurs, le grec est resté la langue noble, celle de la grande civilisation, pendant toute l’antiquité. Curieusement, le latin est devenu la langue universelle après la disparition de l’Empire romain. L’Empire d’Orient parla encore grec jusqu’à sa chute;»

- Donc tout le monde va se mettre à l’anglais ?

«Ce ne sera pas celui de Shakespeare, ni celui de Dickens, mais une caricature. La langue anglaise est menacée, elle aussi. Mais, bien sûr, ceux qui parleraient anglais depuis leur naissance auraient un niveau supérieur.»

C’est contraire aux principes d’égalité. Existe-t-il une alternative ?

«La seule solution, c’est une langue auxiliaire ; elle existe ; elle fonctionne depuis un siècle ; elle est vraiment simple et bien structurée : c’est l’ESPÉRANTO. Malheureusement, les pouvoirs publics l’ont écartée parce qu’elle est artificielle».

Sotte raison. L’ESPÉRANTO est le seul moyen de communication assimilable en deux ou trois ans dès l’école primaire. Pas de verbes irréguliers, pas d’exceptions aux règles, une logique parfaite pour la construction des mots et des phrases. En plus, c’est une langue harmonieuse qu’aucun accent ne vient dénaturer.

C’est la solution la plus simple et la plus économique. Elle devrait être adoptée dès maintenant par les Allemands et les Français. Quel exemple ils donneraient au monde !

En quelques années, 170 millions de citoyens pourraient se comprendre, de la Bretagne à la Saxe et de la Mer du Nord  à la Méditerranée. Le monde entier serait obligé de suivre.

Quel expert en «marketing» serait capable de convaincre les deux gouvernements de réparer le désastre de la confusion des langues, intervenue au pied de la tour de Babel, il y a quatre mille ans...

Article paru dans «Le Pays Briard»



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