S.O.S. école en danger !
Enseignements des langues : l’aveu.
Dans le journal «Le Monde» du 8 février 2005, Jack LANG, dans son article «SOS, école en danger», écrit que «le gouvernement veut ériger l’anglais de communication internationale en seconde langue nationale.»
On peut aussi considérer que le projet FILLON abandonne l’ancienne ambition, totalement utopique, que «tout élève, à la fin de sa scolarité obligatoire devrait maîtriser au moins deux langues étrangères, dont l’anglais, puisqu’il ne s’agit plus que de permettre à tout élève de se faire comprendre en utilisant «l’anglais de communication internationale» dont chacun sait qu’il est bien différent du véritable anglais, langue de culture dont on nous entretenait naguère. Est-ce l’aveu, après les différents rapports parlementaires, dont les deux rapports sénatoriaux de la commission LEGENDRE sur l’enseignement des langues, que l’étude scolaire de l’anglais ne permet jamais d’acquérir la même maîtrise que celle possédée par celui dont c’est la langue maternelle (ce qui explique que plus de mille postes européens soient réservés uniquement aux candidats dont l’anglais est la langue native («only native speakers of english), au mépris de égalité linguistique inscrite dans les statuts et sans cesse proclamée dans les discours. Il ne s’agit plus en fait qu’un d’un anglais utilitaire pour un usage au rabais.
On se souvient de la déclaration de Claude ALLÈGRE affirmant sans rire que «dès maintenant, l’anglais ne doit plus être considéré comme une langue étrangère en France». Ce à quoi certains se demandaient, à la lecture des publicités et de certains articles, ou à l’audition des «spots» publicitaires des radios ou des télévisions, voire des chants officiels en anglais des équipes sportives nationales ou des «Relay»(s) remplaçant dans les gares les Relais (de presse), si ce n’était pas le français qui devenait langue étrangère... y compris dans les institutions comme l’Institut pasteur exigeant des articles en anglais ou dans des firmes obligeant leurs cadres à s’exprimer en anglais, même en l’absence de collaborateurs étrangers. Qui analysera, un jour, le coût réel de cette politique qui, par une manipulation mentale dénoncée par Clause DUN ETON, Claude HAGÈGE, Charles DURAND et bien d’autres linguistes anglo-saxons, ne favorise aucunement le multilinguisme mais conduit à une hégémonie linguistique évidente, par pur snobisme ou par inconscience. C’est «Une manipulation mentale par la destruction des langues» suivant le livre très documenté du professeur Charles DURAND.
Quand notre Président déclare que s’il ne restait plus qu’une langue, ce serait «un désastre écologique», certains se gaussent de ses propos ; ils ignorent certainement que les linguistes américains de la «Linguistic Society of America» étaient plus sévères lorsqu’ils écrivaient en 1994 que «la perte pour l’Humanité de la diversité linguistique serait plus grande que la perte de la diversité génétique dans le monde» (cité p. 34 par David CRYSTAL dans son «Language Death» où il réaffirme quant à lui que «ce serait le plus grand désastre intellectuel que la planète n’aurait jamais connu». Il est paradoxal que, dans le même temps, les journaux anglo-saxons et encore plus leurs forums, stigmatisent le chauvinisme linguistique des Français et leur «féroce résistance» contre l’utilisation de l’anglais. On croit vraiment rêver. Denise BOMBARDIER, plus lucidement, parla chez PIVOT, de «l’à-plat-ventrisme des Français devant la langue anglaise», tout comme Michel SERRES parle de «collaboration» et d’autres de «vassalisation acceptée». Quand notre Premier Ministre parle de «négative réaction» et de «positive position» (ou quelque chose de semblable) a-t-il conscience il imite la structure anglaise comme la poste proposait à ses clients des «authentic(s) placements» au lieu de placements authentiques.
Comment s’étonner, ensuite, des difficultés rencontrées dans l’enseignement du français et de l’orthographe? On peut vraiment crier : «SOS, école en danger !»
