ASSISES DU PLURILINGUISME À PARIS

écrit par Charles X. DURAND le Dim, 06/02/2005; publiet en la revue n° 57 [Janvier - Février 2006]
Je viens de participer aux "Assises du plurilinguisme" à Paris qui s'y sont tenues la semaine dernière. J'avais été invité car je suis l'un de ceux qui s'opposent aux vues idéalistes des organisateurs de la conférence dont le but était de donner une image plus équilibrée des débats en invitant des dissidents dans mon genre.
>
> Ces organisateurs avaient également laissé une assez large place aux opposants au tout anglais et il est clair qu'ils se rendent désormais compte des dégâts que le tout-anglais a créés mais je persiste à penser qu'ils poursuivent une utopie, celle d'une Europe plurilingue qui est irréalisable. Que chaque citoyen moyen parle 3 langues ou plus apparaît simplement irréalisable même si de petits pays tels que le Luxembourg, la Suisse ou Andorre ont pu s'en rapprocher depuis le moyen âge ou même avant. A la lumière de leurs introductions et de leurs conclusions, il est clair que l'opinion des organisateurs n'a pas bougé d'un iota et qu'ils veulent imposer leur utopie au reste de l'Europe si ce n'est au reste de la planète.
>
Aux "Assises", on a pu entendre à de nombreuses reprises que le monde est davantage plurilingue que monolingue et que cela a été exclusivement présenté comme un avantage plutôt qu'un inconvénient. Dans cette veine, à de nombreuses reprises, j'ai eu envie de dire qu'il y avait nettement plus, dans le monde, de pays sous-développés que de pays développés. La diversité linguistique et le plurilinguisme sont souvent confondus et il est important d'établir une distinction très claire à ce sujet. Si le plurilinguisme est un net avantage en Europe au niveau individuel lorsqu'on peut y arriver, la diversité linguistique est un handicap très net au niveau national pour de nombreux pays africains, aux Indes et dans une multitude d'autres lieux. C'est la diversité linguistique locale qui a maintenu les langues coloniales en Afrique et aux Indes, qui interdit l'émergence d'Etats modernes dans de très nombreux pays et qui retarde considérablement le processus éducatif car l'enseignement doit se faire dans des langues différentes de la langue maternelle, donc utilisant des processus cognitifs d'acquisition qui peuvent être en décalage complet d'une langue à une autre. Les polyglottes n'ont bien sûr pas ce problème à condition qu'ils maîtrisent leur propre processus d'acquisition de connaissances dans au moins une langue mais, malheureusement, cela n'est pas le cas pour les multitudes empêtrées dans le plurilinguisme au niveau national qui rime trop souvent avec le sous-développement et l'ignorance. Des exemples ? Au Botswana, par exemple, l'un des pays le plus touché par l'épidémie du sida, les mesures prophylactiques diffusées par le gouvernement en anglais sont difficilement comprises par les 3/4 de la population mais comment pourrait-on faire autrement ? À cause de la multiplicité des idiomes, il est souvent impossible de diffuser l'information dans toutes les langues nationales. Alors qu'il est déjà difficile de diffuser l'information de 1 à n, comment ne verrait-on pas les difficultés inhérentes à la diffusion de l'information dans les deux sens de n à n groupes linguistiques ? 

Et maintenant, ajoutez votre commentaire:






(c)ESPERANTO-info. Tous droits réservés. Association suivant la Loi 1901.
Direction: Col de Coperlac - Mas Saint Chély - 48210 SAINTE ENIMIE - téléphone/télécopie: 0466485848