POUR LA SCIENCE !?!

écrit par Robert LELEU le Mer, 08/12/2004; publiet en la revue n° 51 [Janvier - Février 2005]

Objet : votre édito «Une solution, le multilinguisme».

Abonné, je m’étais habitué à vos prises de position parfois tranchées mais toujours argumentées. Je pense en particulier à vos propos sur l’astrologie, la téléportation...

Il me semble que cette fois-ci, vous avez perdu une partie de votre esprit critique en écrivant «puisqu’il faut communiquer au-delà de nos frontières, l’anglais restera la langue utilitaire...», en associant cette situation à des multilinguisme locaux. Dans cette vision, les cultures se mêleraient par le multilinguisme et la part commerciale et scientifique serait transférée à l’anglais. Cette vision idéale ne me paraît accessible qu’à une infime minorité. Les biculturels, dans les faits, ont le plus souvent une langue dominante (mon grand-père biculturel picard-français, avait bien sûr, comme dominante le français, mais écrivait des poèmes en picard ; ma grand-mère biculturelle flamand-français savait à peine lire et écrire). Quand aux bilingues «d’école», ils sont le plus souvent la risée des natifs ; (mon père, après une carrière de prospection du pétrole était toujours reconnu par les étasuniens... et cru étasunien par certains français, ce qui l’irritait au plus au point).

Or, il est une situation, il est vrai, quelque peu hors du champ de l’article qui a inspiré votre billet, qui suppose que l’on réfléchisse plus. Je veux parler de l’Europe et de sa construction politique. La solution anglais plus multilinguisme est un danger pour sa construction. L’anglais est difficile à apprendre et ne sera jamais su «à parité» avec les natifs. D’aucuns proposent le «globish»... mais comment distinguer le «globish» de l’anglais ? Comment les anglais pourront-ils apprendre le «globish» ? Comment donc le «globish» pourrait-il s’instituer comme une langue distincte ?

Il y a à mon avis une meilleure solution proposée d’ailleurs depuis les dernières élections européennes par un parti politique : Europe Démocratie Espéranto (http://www.e-d-e.org/Lfr/index.php). Cette solution me paraît rationnelle car elle est basée sur la facilité d’apprentissage de l’espéranto (que je vérifie personnellement en l’apprenant), sur l’identité linguistique de l’espéranto, ne permettant de confusion avec aucune autre langue. Un avantage politique s’y ajoute : l’espéranto n’est associé à aucune culture nationale.

Il me semble donc que votre revue qui, dans le passé, n’a pas hésité à aborder des thèmes politiques au sujet des modes d’élection, pourrait avantageusement faire parler et écrire des scientifiques , linguistes, sociologues, pédagogues et autres, sur le sujet. Certains d’entre eux, comme Albert JACQUARD, se sont d’ailleurs déjà exprimés.

En espérant vous avoir convaincu que vous tenez là un sujet pour une prochaine parution, je vous prie de croire, Monsieur, à mes sentiments distingués.

Courriel à la revue “Pour la Science”



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