ARGUMENTS - Les langues

écrit par Claude PIRON le Lun, 01/01/2007; publiet en la revue n° 72 [juillet - août 2008]
On nous cache la réalité.
 
       Or, au lieu d'énoncer clairement la vérité, on la dissimule. On laisse entendre :
 
1) qu'il n'y a pas de problème, l'anglais étant utilisé partout;
2) qu'on peut apprendre les langues à l'école;
3) que les inconvénients du système actuel sont d'importance secondaire;
4) qu'il est impossible d'organiser les choses autrement.
Voyons, point par point, ce qu'il en est en fait.
 
       1) Si la connaissance quasi-universelle de l'anglais résolvait le problème de la communication, pourquoi faudrait-il consacrer tant de milliards à la traduction et à l'interprétation ? Cette connaissance généralisée de l'anglais est un mythe.
 
       Il ressort d'une enquête récemment menée en Allemagne, en Belgique, en Espagne, en France, en Italie et aux Pays-Bas que 6 % seulement des habitants de ces pays sont réellement capables de comprendre la langue de Shakespeare. Les résultats de l'enquête sont «nettement inférieurs aux estimations les plus pessimistes», dit le rapport en question (Udo van de Sandt, Initiative - Lintas Worldwide Media News Bulletin, janvier 1989, p.2).
 
       2) En réalité, toutes les langues faisant l'objet d'un enseignement scolaire en Europe occidentale, y compris l'anglais, sont beaucoup trop difficiles pour que l'élève puisse les maîtriser au terme de ses études secondaires.
 
       "Nos élèves sont, à 99 %, incapables de faire une phrase de leur cru, incapables de lire un article de journal, incapables de s'entretenir avec un camarade de leur âge dans sa langue" (Rapport Bertaux, Le Monde de l'éducation, oct. 1982).
 
       "Au niveau du baccalauréat, un enfant sur cent seulement parvient à s'exprimer correctement dans la langue étrangère. Quant à une deuxième langue, le résultat final aux plans de la culture et de l'élocution dépasse rarement le niveau du balbutiement" (Henri Roger, «Dire la vérité», Le Monde, 31 mai 1979).
 
       S'il en est ainsi, c'est que 90 % du temps consacré à l'apprentissage linguistique tel qu'il est organisé en Europe portent sur des éléments dépourvus d'utilité pour la communication. Mais on se garde bien de nous le dire et de tirer de ce fait les conclusions qui s'imposent.
 
       3) Les montants qui sont affectés à une activité ne sont plus disponibles pour une autre. Cette lapalissade doit être dite et redite, car les États disposent des ressources de la collectivité au mépris de l'éthique la plus élémentaire. En effet, la traduction et l'interprétation sont des activités économiquement et socialement stériles. Or, telles un cancer, elles drainent à leur profit des montants dont on aurait un urgent besoin ailleurs.
 
       Les États membres de l'OMS, par exemple, à la session même où ils accordaient une rallonge annuelle de 5 millions de dollars aux services linguistiques, écartaient faute de fonds (!) un ensemble de projets réalistes, bien étudiés, destinés à améliorer la santé dans l'Afrique subsaharienne et ne demandant au total que 4,2 millions de dollars (Organisation mondiale de la Santé, 28e Assemblée, document A28/50, et Actes officiels, n' 223, app. 5). Que le manque de médicaments, de soins ou d'action préventive se concrétise en pratique par une somme énorme de souffrances individuelles et de soucis pour les agents en poste, nos représentants n'en ont eu cure. La même perception aberrante des priorités se retrouve dans pratiquement toutes les organisations internationales. Les citoyens approuvent-ils réellement l'idée qu'une part de leurs impôts pouvant servir à améliorer la vie sociale se perde ainsi dans le multilinguisme bureaucratique ? Ou se taisent-ils uniquement parce qu'on ne joue pas carte sur table et qu'on se garde bien de leur donner le choix en leur expliquant clairement quelles sont les options en présence ?
 
       4) Lorsque des personnes de langues différentes veulent se comprendre mutuellement, elles ont le choix entre divers systèmes variant selon la situation et leurs compétences linguistiques : gestes et baragouinage, emploi de l'anglais, emploi de la langue locale plus ou moins déformée, recours à l'interprétation simultanée, traduction assistée ou non par ordinateur, espéranto, etc. La comparaison, sur le terrain, de ces différents systèmes de communication montre qu'il existe une formule optimale: pour un investissement très faible ; elle a une efficacité bien supérieure à celle des autres méthodes.
 
En effet, cette formule
 
- élimine complètement le coût de la traduction et de l'interprétation; - met les partenaires sur un pied d'égalité;
- assure une inter-compréhension parfaite;
- n'implique aucun délai (contrairement à la traduction ou à l'interprétation consécutive);
- n'exige aucun matériel (contrairement à l'interprétation simultanée);
- permet la communication confidentielle (contrairement à la traduction et à l'interprétation);
- permet d'entendre la voix de celui qui parle ou de lire le texte original de celui qui a produit un document (contrairement au système traduction-interprétation);
- favorise l'aisance dans l'expression;
- respecte intégralement l'identité ethnique, nationale et culturelle de chacun;
- supprime l'injuste hiérarchisation des langues, qui fait de l'anglais une langue «supérieure» au portugais ou de l'arabe une langue «supérieure» à l'indonésien;
- confère en 150 heures une capacité de communication dépassant, du point de vue de l'exactitude, de la richesse et de la correction, celle que donnent 1500 heures d'anglais;
- est, de l'avis unanime de ceux qui l'ont essayée, psychologiquement très satisfaisante;
- se révèle en pratique plus favorable à la connaissance mutuelle des cultures que toutes les autres méthodes appliquées pour surmonter la barrière des langues;
- favorise l'expression des sentiments dans un cadre inter-culturel et donc le dialogue cœur à cœur entre personnes de langues différentes.
       Cette formule, c'est l'espéranto. 

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