Plurilinguisme

écrit par Germain PIRLOT le Mer, 01/10/2008; publiet en la revue n° 75 [janvier - février 2009]
Germain PIRLOT s’adresse à la
Lettre d'information N°19 de l'Observatoire européen du plurilinguisme (octobre 2008)
 
Madame, Monsieur,
 
Permettez-moi de préciser, avant de vous faire part de mon point de vue, que je n'ai rien contre le plurilinguisme, bien au contraire. Quotidiennement, j'utilise le français (ma langue maternelle), le néerlandais (langue de la région où je suis domicilié) et une langue équitable (avec des personnes de toutes nationalités, de toutes classes sociales, de toutes obédiences philosophiques, politiques, religieuses, ...) ; j'ai étudié le latin pendant 8 ans et je l'ai enseigné une douzaine d'années ; j'ai étudié aussi l'anglais pendant 4 ans à l'école ; j'ai appris en autodidacte quelques notions d'italien et d'allemand ; je comprends parfaitement et lis le wallon de ma région natale (Ardennes belges) ; il m'arrive de temps à autre de déchiffrer des textes en occitan.
 
En principe, je suis donc d'accord avec les buts de l'OEP car je suis absolument opposé au racisme culturo-linguistique qui nous est actuellement imposé de plus en plus dans les milieux internationaux en général et européens en particulier.
 
Cependant, le plurilinguisme encouragé devrait être un plurilinguisme tous azimuts et non pas limité à l'étude de quelques "grandes" langues européennes. Si l'on privilégie arbitrairement quelques langues, il y aura toujours des Européens qui seront considérés comme de vulgaires "Untermenschen", uniquement sur le critère de la langue.
Même si j'ai quelque sympathie pour votre "appel en faveur d'une politique européenne de la traduction", je ne signerai pas votre pétition car je suis en désaccord avec ce passage : "généraliser le recours à un « dialecte de transaction» pour favoriser les échanges, au risque d'un appauvrissement collectif".
 
Au contraire, pour le vivre quotidiennement depuis une quarantaine d'années, je suis persuadé qu'une "langue équitable de transaction" peut se révéler très enrichissante en favorisant les échanges interculturels, interethniques, dans le respect mutuel de la langue, de la culture, de la dignité de chacun, sans la moindre forme de racisme culturo-linguistique.
 
Évidemment, je comprends parfaitement que cela ne soit pas toujours évident pour quelqu'un qui ne l'a pas vécu, ou qui n'en a entendu que de vagues racontars incontrôlés.
 
Pour le vivre au quotidien, je reste convaincu que la moins mauvaise des solutions serait d'encourager, non seulement l'apprentissage de quelques langues (selon ses capacités intellectuelles, ses intérêts personnels ou ses besoins professionnels), mais, parallèlement, une langue équitable, ce qui permettrait de construire un ordre linguistique plus juste, plus efficace, fondé sur les principes suivants : démocratie, éducation transnationale, efficacité pédagogique, plurilinguisme, droits linguistiques, diversité linguistique, émancipation humaine, tels qu'ils sont exposés dans le "Manifeste de Prague".
 
Evidemment, une telle solution ne fait pas l'unanimité car, comme l'a souligné Claude Piron*,
«L'étude des réactions par la méthode de l'entretien clinique met en évidence toutes sortes de peurs sous-jacentes, parmi lesquelles la peur du risque, la peur du contact direct, la peur de la régression infantile, la peur de la transparence, la peur de la facilité perçue comme infériorité, la peur de la perte d'une supériorité, la peur de l'hétérogénéité, la peur du nivellement et de la destruction » (Claude PIRON, « Un cas étonnant de masochisme social » in Action & Pensée, Revue de l'Institut international de psychanalyse Charles Baudouin, n°19, sept.91, pp. 51-79, ISSN 0001-7426).
 
Toute la question semble être là ! To be or not to be afraid !?!
 
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.
Germain Pirlot enseignant honnoraire
 
 Claude PIRON, ancien traducteur à l'ONU et à l'OMS (pour l'anglais, le chinois, l'espagnol et le russe), psychothérapeute, enseignant chargé de cours à l'Université de Genève entre 1973 et 1994).


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