RICHESSE ET CRÉATIVITÉ

écrit par Jean MARIN le Sam, 30/01/2010; publiet en la revue n° 82 [mars - avril 2010 2010]
On peut considérer à juste  titre que le  degré de  précision d'une langue est intimement lié au nombre de mots qu'elle comporte.
Si le Grand Larousse Encyclopédique en 10 volumes en   recèle environ 200 000, en fait, le vocabulaire commun à la quasi-totalité des francophones ne dépasse guère 30 000 mots. Combien en compte-t-on en espéranto ? En fait il est impossible d'en faire le recensement, et ceci pour deux raisons fondamentales :
1 - Car ce ne sont pas des mots que l'on trouve dans un dictionnaire en espéranto mais des racines.
2 - Car à partir de ces racines et d'une trentaine d'affixes, il est possible de créer une quantité quasi illimitée de mots : il n'est pas rare,  par exemple, qu'une racine permette de dériver 20 ou 30 mots, voire plus. Et là est la grande différence avec le français et sans doute les autres langues : un français, aussi vaste soit sa culture, ne dispose que d'un certain nombre de mots qu'il  a dû apprendre, mais il lui est pratiquement impossible d'en  créer s'il veut nuancer sa pensée ou rendre compte d'une nouvelle technique ou d'un nouveau concept. Prenons un seul exemple : Pour exprimer cette vibration particulière d'une couleur, il pourra dire : «le ciel rougeoie» ou «la campagne verdoie», mais il est impossible de dire : «la neige blanchoie"» ou «la nuit noiroie» (Ce qu'un russe peut dire). Et de même pour toutes les autres couleurs, alors que cela est possible en espéranto. (Mais ne l'est pas plus en russe qu'en français.)
 
On voit ici toute la différence qu'il y a entre le vocabulaire du français, réel , mais inextensible, et le vocabulaire de l’espéranto, virtuel, mais extensible à l’infini.
Il est également intéressant de noter que, dans ce vocabulaire que possède tout français, il y a bon nombre de mots dont il n'a qu'une connaissance très imprécise et qu'il serait bien incapable de définir.
Limitons-nous à deux exemples : s'il entend «bief» et «sas»  et, par exemple, «destrier», «palefroi», et «haquenée», il devine que les deux premiers sont relatifs à  un canal et les trois autres à certains types de chevaux… mais impossible d'être plus précis.
Notons ces deux points importants :
1 - Il lui a fallu apprendre ces cinq mots.
2 -  Il est  incapable  d'en donner  le sens  exact, et pas même approximatif.
Qu'en est-il en espéranto ?
Même s'il les ignore complètement et ne les a jamais rencontrés, même s'ils n'existent dans aucun dictionnaire et si personne ne les a jamais utilisés :
1 - Il  pourra  les créer,  à partir  de deux
racines  seulement :  «kluzo» = écluse
et « cxevalo» = cheval, les  autres étant déjà  connues.
2 - Ces cinq mots qu'il va créer, il n'a, bien évidemment, pas  eu besoin de les apprendre.
3 - Ils seront immédiatement compris par tout interlocuteur, quels que soient sa langue et son niveau de culture.
4 - De plus, ces mots ont un pouvoir évocateur sans aucune  mesure avec les mots français correspondants.
 
Qu'on en juge :
«bief» = interkluzo =  espace, distance entre deux écluses.
«sas» = kluzcxambro = «chambre», c'est un espace entre les deux portes de l'écluse.
«©evalo» :
destrier = batalcxevalo = cheval de bataille
palefroi = paradcxevalo = cheval de parade
haquenée = damcxevalo = cheval pour dame (en robe et montée en amazone)
Alors que le mot en français ne nous renseigne pas sur ce que le cheval a de particulier, même quelqu’un qui n’a jamais appris l’espéranto comprend tout de suite que le premier est un cheval de bataille, le second, un cheval de parade et le troisième est réservé aux dames...
C’est pourquoi l’espéranto est plus facile, plus riche et plus créatif !


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